Faire le mouvement ou pas?

Note au lecteur: pour ceux d’entre vous qui ne sont pas dans la grande famille de l’Education Nationale, non les profs ne sont pas obligés de suivre un programme de gym à domicile en plus de leurs heures de cours. Non, faire le mouvement ce n’est pas faire un signe secret de ralliement pour que dans la rue, chez des amis ou en rase campagne, on puisse illico se reconnaître entre membres de la même secte fonctionnariale.

Faire le mouvement, késako?

C’est souvent…

  • peser le pour et le contre entre rester sur son poste actuel – si on a la chance d’en avoir un – et postuler sur un nouveau;
  • faire des plans sur la comète en imaginant que les rumeurs qui circulent à propos de Gudule vont se vérifier et qu’on a des chances de récupérer sa classe quand elle sera partie ailleurs;
  • se demander ce qui fait le moins mal, entre faire 45 minutes de route matin et soir pour passer sa journée devant une classe unique sans aucune aide extérieure et sans voir aucun adulte de la journée ou bien aller à pied à l’école et croiser tous les week ends les parents d’élèves quand on fait son footing.
  • se prendre la tête pour faire sa liste de voeux de postes, sachant que la bonne stratégie n’existe pas et qu’on vous conseille souvent plutôt sur les grosses erreurs à éviter (du genre: “évitez de lister une école que vous ne voulez pas vraiment en fin de compte” – sans blague, y’en a qui ont essayé et s’en sont mordu les doigts on dirait?!)
  • trépigner ou se lamenter en attendant l’ouverture du serveur, parce que ça n’est jamais accessible le jour dit, parce que ça plante souvent, parce que la date butoir est presque toujours repoussée;
  • cauchemarder sur sa saisie, la trouille d’avoir oublié de mettre l’école Pot-aux-roses en numéro 3, parce qu’on n’est pas sûr du tout d’avoir le voeu 1 ou 2 et que Pot-aux-roses c’est pas si mal, on sait jamais;
  • devenir chèvre en prenant connaissance chaque jour du mouvement d’une modification apportée à ladite liste officielle – ils voudraient tout faire capoter qu’ils ne s’y prendraient pas autrement;
  • angoisser vraiment, parce qu’on sait qu’on n’aura rien au premier tour, et qu’on va se retrouver avec des choix par défaut voire pas de choix du tout au second mouvement – si tant est qu’il subsiste encore un semblant de second mouvement dans notre département;
  • devoir anticiper 6 mois à l’avance (où je serai l’an prochain?) tout en sachant qu’on ne décidera de rien (mais pourquoi anticiper quelque chose qui finalement ne dépend pas de nous?);
  • comprendre que la fin de la belle vie approche, une fois qu’on devra partir pour de bon de ce poste provisoire plutôt cool vs appréhender de quitter enfin ce poste d’enfer pour quelque chose de peut-être… à peine pire? (blasé qu’on commence à devenir, échaudé pour le moins, en tout cas bien moins naïf qu’au début).

Faire le mouvement, c’est surtout constater que c’est l’immobilisme qui prévaut.

 

 

choix mouvement prof

Alors à tous ceux qui sont en plein dans LE truc, ou qui vont bientôt l’être, j’ai envie de dire:

  • votre vie, ce n’est pas l’école (enfin, si vous êtes en train de lire cet article, j’imagine que tel est le cas);
  • arrêtez de penser qu’en changeant de niveau, de durée de transport, de collègues, que sais-je encore, tout va être mieux;
  • oui vous êtes polyvalent, vous serez capable de faire du CM2 si vous préférez la maternelle, et inversement – ce n’est pas ironique – et qui sait si finalement vous n’allez pas apprécier ce nouveau niveau;
  • non il n’y a pas besoin d’avoir le pack super niveau que j’aime + super collègues que j’aime + super école juste à côté de chez moi pour être bien dans son boulot – personnellement j’ai connu un peu tout et son contraire en matière de “potentiel d’attirance pour un poste”. Au final, seule notre perception fera la différence, en bien ou mal. Gardez bien ça à l’esprit: c’est justement votre état d’esprit qui fera que vous considérerez votre poste (ou votre non-poste) comme devant affecter à 10% ou 100% votre épanouissement personnel et/ou professionnel.
  • peut-être par contre, que si vous pensez reconversion, la perspective d’avoir ou de ne pas avoir de poste au mouvement vous impactera différemment; parce que se reconvertir, et rien que l’idée en germination de se reconvertir, constitue un premier pas vers autre chose, et donc un détachement de facto, presque automatique, des vicissitudes du quotidien.
  • On sait qu’on ira bientôt ailleurs, plus loin (plus haut et plus fort aussi, je vous le souhaite!).

 

Le mouvement n’est QUE le mouvement.

Un truc plus ou moins obligatoire selon notre situation et selon les années.

Il aura sur vous l’effet que vous lui attribuerez: petit ou grand, désastreux ou joyeux, ou plus ou moins neutre.

VOUS n’êtes pas votre poste, VOUS n’êtes pas votre boulot.

Et chaque heure passée en dehors de la classe peut comporter des secondes voire des minutes consacrées à penser à autre chose. Vivre autre chose, voir d’autres personnes.

Au final, voilà ce que je voulais vous dire: il n’y a pas que le boulot dans la vie. Le boulot a l’importance que vous lui donnez.

Et si finalement le boulot est si important pour vous, alors j’espère qu’il vous apporte ce que vous en espérez. Sinon, il est sûrement le temps de vous poser les bonnes questions.

 

 

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