Stress d’enseignant

Il y a quelque temps,

je discutais avec une amie de mon stress d’enseignante.

Elle m’avouait traverser une période de stress intense au travail.

Préparation d’un gros projet dont elle est co-responsable, avec les éléments attenants: réunions à gogo, rdv avec différents partenaires pour les convaincre etc.

L’espace d’un instant, j’ai eu l’impression d’être une fourmi à ses pieds. C’est quelqu’un que j’admire, qui a toujours su prendre de grandes responsabilités et tout assumer. Visiblement là, ça faisait quand même beaucoup. Un peu de fatigue par-dessus, et elle n’étais pas loin de l’arrêt maladie. Sauf qu’elle ne le prendra jamais, elle n’est pas comme ça Isabelle. Avouer sa faiblesse, hors de question.

J’ai bien tenté de la mettre en garde, rien à faire.

Et puis, au fil de la discussion, j’ai perçu son enthousiasme pour ce nouveau défi. Elle aime ça les défis. Travailler avec d’autres collègues pour mieux croiser les regards, renforcer les compétences de chacun, avancer dans l’inconnu et la nouveauté. Ca lui plaît et j’avoue qu’à moi aussi ça me plairait. Même si je vois le prix qu’elle paie, mais c’est parce qu’elle est consciencieuse, légèrement anxieuse de nature. Malgré tout ça, je sais que ça ira. Parce qu’au fil de la discussion, j’ai aussi compris qu’elle n’était pas seule: c’est toute une équipe derrière elle qui la soutient, son bras droit est aussi solide qu’elle et ils sont suffisamment proches pour partager leurs doutes et se relayer en cas de coup de mou.

Au final, tout va bien donc. Un gros coup de stress et puis s’en va, avec en prime la perspective d’un succès mérité, et l’adrénaline que tout ça aura diffusé. Suffisamment pour lui donner envie de recommencer plus tard.

Plus tard, car le reste du temps, sa vie est…un long fleuve tranquille?

Presque. Il y a bien ces fameuses “mises au point”, comprendre réunions de CE auxquelles elle participe un peu à contrecoeur et en stressant un peu. Sinon, au quotidien: ça va.

 

Alors, je me suis surprise à l’envier.

A envier ce luxe de regarder ses dix doigts, de se remémorer les dix jours au boulot venant de s’écouler, et dénombrer ceux avec ou sans stress (on prend une moyenne hein…). A constater que cette dizaine de jours a vu 3 jours de stress avéré, contre 7 de relative tranquillité.

Faire le constat inverse pour moi. La proportion de jours stressants dépassait celle des jours tranquilles, l’équilibre était totalement inversé.

Et je le savais ou plutôt je le pressentais: le stress faisait partie intégrante de mon quotidien, son absence me perturbait – me stressait? – presque. Etre tranquille n’était pas “normal”.

C’est quoi, ce stress d’une enseignante? Hormis le stress de l’inspection, celui d’avoir affaire à une classe d’agités (et si ça arrive, c’est qu’on manque d’autorité)?

Hé bien, c’est un tas de petites choses, oh insignifiantes aux yeux du quidam, mais qui mises bout à bout, vous minent pour peu que vous ayiez une certaine conscience professionnelle, une vision quelque peu idéalisée du métier, une volonté d’y croire encore:

– les parents du petit Machin qui vous attendent à la grille à 16H30 pour vous imposer de les recevoir, parce que petit Machin n’a pas mérité d’être puni à cause de ses propos insolents;

– la collègue absente dont il va falloir prendre en charge les élèves toute la matinée, parce qu’on n’a pas de remplaçant; vous aurez droit à l’affreuse crapule sur qui toute votre attention devra se porter afin d’éviter les débordements, en prime il faudra improviser pour fournir du travail à ces orphelins de maîtresse, et chambouler votre programme initial parce qu’à 36 dans la classe, l’évaluation de maths, vous laissez tomber;

– la journée de pluie, donc récrés sous le préau, donc excitation, donc journée non fructueuse; enchaîner sur une animation pédagogique tout juste bonne à vous rappeler que vous ne faites que suivre la masse en écoutant des propos qui ne vous serviront strictement à rien au cours des vingt prochaines années;

– la sortie à la piscine avec Mademoiselle, enfant quelque peu atypique, qui ne bénéficie pas d’aide autre que la vôtre: gérer son groupe n’est déjà pas chose aisée, mais devoir se dédoubler pour prendre en charge cette petite en plus des autres dans ce cadre hautement perturbant pour elle, vous en rêviez;

– on n’est que mercredi soir, et demain ce sera la course pour boucler le remplissage des bulletins que vous devez impérativement remettre à la collègue que vous complétez afin qu’elle ait le week-end pour faire sa part;

– c’était sans compter la réunion qui ressemble à tout sauf à une réunion, pour évoquer (et seulement ça, c’est bien le problème) les projets de fin d’année: comment, vous ne voulez pas faire de sortie de fin d’année? Mais les parents ne vont pas comprendre!

…mais, moi non plus je ne vais pas les comprendre.

– la réunion qui s’éternise, autour d’un gâteau, et de 3 lignes sur un bout de feuille concluant qu’on se reverra dans un mois pour faire le point. Sur quoi, déjà? Cette inefficacité qui vous use continuellement, autant celle des enfants vous l’acceptez, autant celle des adultes, vous vous demandez si elle est feinte ou bien réelle;

– le week end qui s’annonce enfin, sauf qu’avec la visite de la famille et le rdv chez le dentiste, vous n’aurez qu’une demi-journée pour préparer la semaine suivante, alors samedi matin en vous réveillant, vous sentez votre coeur s’emballer à l’idée de cette compression temporelle dans laquelle il va être plus que pénible de caser cette contrainte professionnelle, dans laquelle la notion de détente sera difficile à insérer parce que dans votre tête tourne le petit vélo de l’Education Nationale – penser à trouver du temps pour se détendre? Ah oui, on devrait commencer par ça.

 

 

L’absence de stress, je vous le dis, ça perturbe presque plus, quand on n’y est plus habitué.

 

A lire: le journal d’un prof débutant qui narre le quotidien d’une jeune enseignante.

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