fonctionnaire en reconversion

Quand j’étais petite, je n’aurais jamais imaginé que je deviendrais fonctionnaire un jour.

En même temps, qui répondrait “je veux être fonctionnaire” à la question “qu’est-ce que tu veux faire plus tard?”

Je rêvais d’être pâtissière ou chanteuse.

Au lycée, je me souviens d’une copine qui disait que les profs ne quittaient jamais vraiment l’école, qu’ils devaient avoir hâte aux vacances comme les élèves.

Qu’en gros les profs étaient comme d’éternels élèves et stagnaient toute leur vie dans un univers infantile.

Peut-être bien que c’est que ce nous sommes, nous les profs. Souvent de bons élèves, qui ont envie de bien faire, de transmettre à leur tour le meilleur d’eux-mêmes; on aimerait faire aimer l’école comme on l’a aimée. Ou en tout cas faire de l’école l’endroit idéal pour enseigner et pour être enseigné.

Tout ça c’est bien beau, sauf que ça ne fait pas forcément un métier pour la vie.

Parce qu’on change, notre vie avec, la vie du monde autour aussi et forcément nos aspirations évoluent.

Quand j’étais jeune, je refusais en bloc les schémas établis et devenir fonctionnaire c’était pour moi comme me jeter dans un piège à souris (ou un trou à rats!).

M’enfermer, ne pas être libre, être contraint et devenir un peu statique.

 

fonctionnaire en reconversion

 

Je ne suis pas faite pour être fonctionnaire.

Je ne sais pas s’il y a des gens qui ont la vocation pour être fonctionnaire.

Y a-t-il des secrétaires administratives ou des inspecteurs des impôts qui ont rêvé de ce statut?

J’imagine plutôt des bibliothécaires, des policiers devenant fonctionnaires parce que c’est la route pour réaliser leur vocation.

Mais voilà: quand on est prof, on est fonctionnaire aussi.

On peut aimer être prof et aimer être fonctionnaire. Qui se plaindrait aujourd’hui d’avoir la sécurité de l’emploi et un salaire fixe?

 

Je n’avais jamais pensé en ces termes même si l’idée de me retrouver de nouveau sur le marché de l’emploi me faisait bien sentir mon statut privilégié.

Sans compter les éternelles remarques de l’entourage sur la chance qu’on a, nous les profs d’avoir “toutes-ces-vacances-du-temps-pour-soi-de-finir-tôt-d’avoir-le-mercredi-de-travailler-avec-des-enfants”.

 

On peut vouloir quitter son statut de fonctionnaire en restant prof ou non.

Qui envierait une carrière professionnelle sans évolution réelle, sans mobilité facilitée?

 

J’ai compris que rester prof, c’était pour moi rester coincée dans cette cage dorée.

J’avais tout ce qu’il fallait pour survivre, mais je ne pouvais pas vivre réellement ma vie.

Ok, le vital et le nécessaire étaient assurés.

Sauf que tout ça ne m’apportait plus de bouffées d’air pur, de découvertes de nouveaux panoramas, de rencontres diversifiées, de défis stimulants, de victoires personnelles.

Je vivais “petit”, je pensais “petit”.

Ce métier était devenu sclérosant pour moi.

Le statut de fonctionnaire, ce n’est plus pour moi. Je ne veux plus de cette vie où on vous fait rentrer à coup de concours dans une petite case A, B, C, D.

Où les chemins de traverse n’existent pas: tout est déjà balisé, vous ne pouvez pas vous rendre d’un point B à un point A comme vous voulez, ni d’un point A à un point C.

Peut-être que ce n’est juste pas assez fun pour moi.

 

fonctionnaire en reconversion

 

J’avoue, j’ai lorgné un temps sur les concours de la fonction publique. Jamais mon coeur n’a fait boum à la lecture d’un intitulé de poste.

J’ai perdu du temps à me renseigner juste ce qu’il faut de ce côté pour avoir la conscience tranquille, mais mon coeur n’était pas avec ma tête quand je lançais mes recherches sur les offres de la fonction publique.

Or j’ai maintenant adopté l’habitude d’écouter mon coeur plutôt que ma raison, au moins dans un premier temps. J’avais trop tendance à faire l’inverse, vous savez: “ça, ça a l’air pas mal, c’est faisable; bon ça me plaira peut-être finalement?”

Comment est-ce qu’on pourrait trouver son compte dans un boulot quand on a besoin de l’aimer pour l’exercer, alors qu’en s’imaginant dire ce qu’on fait nous donne l’impression d’être sinistre?

Pas facile de prendre le risque d’être en accord avec soi. Pourtant ça me semble préférable à avancer avec mes oeillères et me retrouver dans quinze ans au même point, en me disant cette fois que je suis trop vieille, que c’est trop tard.

En fait, pour tout vous avouer, ma plus grande peur actuellement c’est de rater ma vie pour de bon. Je ne veux plus rater le coche, c’est vraiment maintenant ou jamais.

Du coup, plus le temps de se fourvoyer dans des espèces d’arrangements avec ma conscience pour trouver un boulot assez rapidement pas trop difficilement pas trop mal payé plutôt sécure.

 

Parce que je sais bien que ça ne me fera jamais palpiter et que ça sera juste déplacer mon insatisfaction dans une autre cage.

trouver sa voie

Je veux m’envoler moi!

Quitter ce monde de fonctionnaires et voler de mes propres ailes.

Me prouver que je suis capable de réussir pour moi et par moi-même.

Ca peut paraître paradoxal mais je sens que c’est nécessaire pour que j’aie enfin confiance en moi.

Rester  fonctionnaire, ça serait me conforter dans l’idée que je ne vaux quelque chose seulement parce que j’ai réussi un concours que d’autres ont fabriqué exprès pour tous les candidats, donc que je rentre bien dans un moule. Mais moi, je suis qui là-dedans?

Je vous passe les réticences de l’entourage qui dans sa grande méconnaissance du métier de prof, imagine quel pied ce serait d’être fonctionnaire.

Ou bien de continuer à travailler en collège, en lycée… pour garder tous les avantages du statut.

Non merci, pas pour moi!