Le burn-out est un phénomène dont on parle de plus en plus depuis quelques années. Cet épuisement au travail concerne particulièrement les enseignants, puisque nous faisons partie des catégorise professionnelles sensibles au burnout. Il toucherait en effet un enseignant sur dix dès la premier année d’exercice.

 

Le burnout

L’OMS a défini en 2005 le burnout comme « un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail ».

Ce terme est rentré dans le dictionnaire Larousse en 2010  avec pour définition : « syndrome d’épuisement professionnel caractérisé par une fatigue physique et psychique intense, générée par des sentiments d’impuissance et de désespoir. »

En tant qu’enseignants, nous sommes concernés par le burn-out puisque ce syndrome touche particulièrement certaines professions  qui demandent un « investissement personnel et affectif important. Les salariés exerçant ces métiers peuvent être concernés par le risque de burnout quand ils en arrivent à ressentir un écart trop important entre leurs attentes, la représentation qu’ils ont de leur métier (portée par des valeurs et des règles) et la réalité du travail. Cette situation, qui les épuise et les vide « émotionnellement », les conduits à remettre en cause leur investissement initial ». (Source: http://www.inrs.fr/risques/epuisement-burnout/ce-qu-il-faut-retenir.html)

On retrouve donc un risque de burn-out entre autres dans tous les métiers impliquant une relation d’aide, d’enseignement, de soins. Ces métiers où le professionnel joue un rôle majeur dans l’évolution positive de la personne, que ce soit au niveau de sa santé, son bien-être, son éducation. L’enjeu est important et souvent surinvesti par les professionnels, d’où le risque de burn-out.

 

La définition du burnout s’accompagne d’un descriptif sur trois plans caractéristiques de ce syndrome :

  • l’épuisement émotionnel;
  • le cynisme vis-à-vis du travail ;
  • la diminution de l’accomplissement personnel au travail.

Ces mots parlent certainement à beaucoup d’entre nous. Avant d’en arriver à l’état d’épuisement caractéristique du burn-out, il y a tout un ensemble de signes avant-coureurs qu’il est important de connaître afin de mieux les détecter, chez soi-même ou son entourage.

 

Les symptômes du burn-out chez l’enseignant

Dans le cas des enseignants, on a vu que la relation à l’autre (élève, groupe classe, parents, collègues, hiérarchie) pouvait être porteuse d’enjeux fondamentaux, parfois idéalisés et surinvestis par le professeur.

Nous sommes nombreux à avoir choisi ce métier pour la valeur qu’il représente à nos yeux, la mission qu’il permet d’accomplir et l’épanouissement personnel et professionnel dont il est porteur.

 

Typiquement, dans un cas de burnout vous êtes :

  • fatigué, sans raison apparente. Coup de pompe, baisse de tension… Sommeil perturbé (envie de dormir tout le temps ou au contraire impossibilité de trouver le sommeil) ;
  • irritable, moins patient avec vos élèves, votre entourage familial. Vous vous sentez à fleur de peau, voire vous craquez et pleurez (crises de larmes) sans savoir pourquoi.
  • angoissé, oppressé. Vous vous faites une montagne de rien, cette pile de corrections que vous avez pourtant réglée le mois dernier sans problème vous semble aujourd’hui un travail insurmontable, vous vous sentez vidé rien qu’à la regarder. Encore un dossier PPRE à remplir ou réactualiser, une équipe éducative en vue : vous avez la sensation que vous êtes broyé, votre agenda ne vous laisse aucun répit;
  • démotivé, découragé. Tout vous paraît vain et inutile dans votre travail : vos élèves ne progressent pas assez, vous n’arrivez pas à aider, à différencier comme vous pensez devoir le faire, vous avez déjà pris du retard sur vos programmations. Pire, vous n’avez pas mis au propre vos programmations, vos documents et vous vous sentez honteux d’être submergé par si peu. Vous perdez la confiance dans le sens de votre travail et vous vous sentez minable. Vous vous sentez devenir un mauvais enseignant, même si on vous dit le contraire.
  • frustré. Cela est plus difficile à détecter, parfois c’est l’entourage qui peut donner l’alerte. Vous réagissez de manière négative pour tout un tas de choses, à la maison ou à l’école. Chaque petite contrariété renforce votre ressentiment à l’égard de l’école qui ne fait rien pour que vous puissiez travailler correctement, dans de bonnes conditions. Vous sentez que vous n’arrivez à rien, comme si on vous avait coupé de vos moyens d’agir et de penser. Et par-dessus tout, vous êtes agacé de constater qu’on ne reconnaît pas vos efforts et votre investissement : à quoi bon continuer, finalement ?

 

Quelle différence avec la dépression ?

Le burnout désigne à l’origine un épuisement spécifiquement lié au travail, bien qu’on l’élargisse aujourd’hui à d’autres sphères, comme dans le cas du burnout maternel.

La dépresion peut elle, apparaître dans l’ensemble des sphères de la vie d’une personne, aussi bien personnelle que professionnelle.

Elle est souvent associée ou confondue avec un état de burnout. Elle peut masquer un burnout ou en être la conséquence.

En cas de dépression, on ressent une grande fatigue également, et surtout un manque d’envies, une apathie généralisée.

« Les gens qui souffrent d’une dépression majeure se sentent agités, fatigués et ont de la difficulté à se concentrer. Ils ne ressentent aucune satisfaction et aucun plaisir, même lorsque la tâche est accomplie avec succès. Il n’est pas difficile d’imaginer que leur productivité en souffre. Même les tâches les plus simples se transforment en gros soucis.

Dans de tels cas, les pressions liées au travail font souvent déborder le vase. Le travail n’est pas la cause du problème mais devient un facteur qui contribue à la dépression. L’incapacité de fonctionner au bureau amène ensuite la personne dépressive vers un sentiment d’échec et de culpabilité. Lorsque ces personnes doivent prendre un arrêt de travail, on dit qu’elles sont en congé pour épuisement professionnel, même si elles correspondent aux critères pour une dépression majeure. »

(Source: http://www.douglas.qc.ca/info/depression-ou-burn-out)

On voit donc que dans ce cas, le travail n’est qu’un lieu d’expression et de majoration de la dépression. Celle-ci aurait pu se manifester d’une autre façon, dans la vie privée.

 

Cet article rajoute : « Les facteurs externes peuvent être liés à des situations particulières ou un contexte plus général. Les facteurs internes peuvent être liés à des aspects biologiques ou à la personnalité. Si une incapacité à se fixer des limites et un sentiment de responsabilité démesuré contribuent à créer un stress excessif au travail ou à des soucis personnels difficiles à gérer, ces aspects doivent tout de même être abordés en traitement. » Cela revient à dire que selon notre tempérament, notre fonctionnement « de base », nous sommes plus ou moins concernés par le risque de burnout et qu’il faut donc tenir compte des changements personnels ou des modifications du cadre de travail pour faire le lien avec l’intensité du mal-être ressenti.

Si vous travaillez loin de chez vous, et que donc vous faites la course tous les matins pour préparer votre classe et vous vous retrouvez épuisé en fin de semaine et n’avez que peu d’énergie le soir pour corriger ou préparer à nouveau, j’ai envie de dire que c’est bien naturel. Si vous avez hérité d’un nouveau niveau de classe cette année, ou de plusieurs niveaux, d’un sureffectif de classe (ou pire: la combinaison de toutes ces possibilités), alors oui vous avez des conditions de travail pénibles et vous devez faire attention à vous, plus que d’habitude.

Dans le cadre de la dépression, on se trouve avec des pensées du type « je n’ai pas de chance », « je ne peux pas », « je n’ai pas confiance en moi », tandis qu’un burnout fera appraître des cognitions du type « je dois y arriver », « je dois parvenir à faire ce qu’on attend de moi ». Au niveau du ressenti, être déprimé nous fait nous sentir sans force, abattu, petit à petit. Alors qu’un burnout nous fera nous sentir sous tension pendant un bon moment avant de passer à une phase où on est littéralement vidé, comme un ballon qu’on a gonflé trop et trop longtemps et qui va exploser d’un coup. Les images suivantes: le vase qui déborde, « la coupe est pleine », « j’en ai plein le dos », sont également évocatrices d’un burnout. La dépression est un phénomène moins violent dans son déroulement, on se sent glisser et faiblir petit à petit.

Le burn-out, une maladie professionnelle ?

En France, le burnout n’est toujours pas reconnu systématiquement comme maladie professionnelle, malgré une proposition de l’assemblée d’inscrire les maladies psychiques parmi les maladies professionnelles. La loi votée permet un début de reconnaissance du burnout comme maladie professionnelle selon les cas, puisque le Ministre du Travail de l’époque a estimé que le burnout relevait parfois de causes personnelles et donc n’était pas imputable aux conditions de travail. Un salarié en état de burnout peut donc désormais demander à ce que son état soit reconnu comme maladie professionnelle auprès du Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles. Autant dire un parcours du combattant quand on est déjà en souffrance liée au burnout.

Pour les enseignants en souffrance, le premier pas est de savoir reconnaître qu’on ne peut plus continuer ainsi. Ecouter les signaux de son corps et aller chez son médecin. Prendre rendez-vous chez le médecin de prévention.

Le premier pas, celui qui compte : s’écouter.

Vous n’avez pas à sauver le monde, vous devez d’abord prendre soin de vous, c’est la responsabilité prioritaire qui vous incombe. Les signaux du corps ne trompent pas, c’est eux qui doivent vous alerter en tout premier lieu. Rappelez-vous : mieux vaut prévenir que guérir. Se remettre d’un burnout prend du temps, le plus tôt il est pris en charge, le plus vous avez de chance de vous en remettre bien et durablement.