Mis à jour le 15/02/2018

 

Se reconvertir pour devenir auteur, on en avait déjà parlé dans cet article .

Cette fois-ci, je vous propose de rencontrer Marion, auteure et animatrice d’ateliers d’écriture.

Son parcours riche et singulier nous offre l’exemple d’une reconversion bien amorcée.

Encore un témoignage encourageant pour tous les enseignants qui souhaitent poursuivre dans les métiers du livre!

 

reconversion atelier d'écriture

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je peux tenter en tout cas. Je suis Marion Favry, j’ai 48 ans. Je suis documentaliste dans le secondaire depuis plus de 20 ans (on dit professeur-documentaliste mais pour plein de raisons je n’aime pas ce titre ronflant). Mais je suis aussi écrivante, écrivain et auteur, chaque terme recouvrant une réalité un peu différente. Je suis également animatrice d’ateliers d’écriture et j’accompagne des personnes dans leur écriture. J’espère que mon portrait est bien impressionnant (rires). Je suis surtout « en quête ». En quête de moi, de « Soi », en quête de sens, de compréhension du monde, etc…

  • Depuis combien de temps publies-tu et écris-tu ?

Enfant je m’inventais des sujets de rédaction que je traitais ensuite. J’ai longtemps tenu un journal intime. Et puis au début de l’âge adulte je me suis éloignée de l’écriture. C’est un âge où on devient grave, où on tente de rentrer dans le moule.

J’ai renoué avec l’écriture il y a une bonne quinzaine d’années, en me rendant un peu par hasard dans un atelier d’écriture.

J’en ai fréquenté ensuite beaucoup d’autres. J’ai écrit mon premier roman (je croyais en être incapable) il y a seulement environ quatre ans. Il s’intitule S’occuper en t’attendant et a été publié aux éditions La Musardine en 2014. Je travaille actuellement à l’auto-publication de mon second roman, Le tétris amoureux.

  • A quel moment as-tu senti que tu irais au bout de ton envie d’écrire ? As-tu eu un déclic ?

Je ne suis pas encore allée au bout de mon envie d’écrire puisque cette envie est toujours là, et de plus en plus. J’écris actuellement mon sixième roman, avec toujours autant d’urgence (mais moins d’angoisse) que le premier.

Les ateliers d’écriture m’ont beaucoup aidée, principalement à prendre au sérieux mon envie d’écrire.

En ce qui concerne le fait d’être aller au bout d’un projet (mon premier roman), les encouragements d’un auteur déjà reconnu m’ont botté les fesses.

  • As-tu suivi une formation pour mener des ateliers d’écriture ? Comment en es-tu venue à animer par toi-même des ateliers ?

Je n’ai pas suivi de formation, et je n’en ressens pas le besoin pour l’instant. L’envie d’animer des ateliers, après avoir assisté à de nombreux, m’est venue un peu comme ça, sans raison particulière, si ce n’est l’envie de partager et d’innover.

Petit à petit je me suis rendu compte que j’avais envie non seulement d’animer des ateliers mais surtout de les créer, d’inventer, de proposer des ateliers que j’aurais aimé trouver moi-même.

Je me suis ensuite attelée à la tâche. Trouver les lieux, les gens, les propositions d’écriture, etc… C’était très angoissant mais passionnant.

reconversion atelier d'écriture

 

  • Comment parviens-tu à concilier tes activités d’écriture et ton travail de documentaliste ?

Je les concilie et je fais avec les contraintes, mais c’est tendu. Mes ateliers ont lieu le soir ou les week-end. J’écris beaucoup pendant les vacances. Mais bien évidemment je ne peux pas développer mes activités comme je l’aimerais faute de temps et c’est frustrant. De plus, ce que je vis du point de vue de l’écriture, mais aussi du point de vue personnel (psychothérapie, formation en psychosynthèse) entre en conflit avec ce que je vis au collège. Ce sont deux mondes tellement éloignés qu’ils cohabitent de plus en plus difficilement.

Ce qui est sûr, c’est que lorsqu’on se lance dans une deuxième activité il faut savoir se ménager, ne pas s’en mettre trop sur les épaules, sinon ça craque.

 

  • Peux-tu nous décrire concrètement ton activité autour des ateliers d’écriture ?

Il y a, au départ, l’idée. Je ne propose aucun atelier « classique ». J’y viendrai peut-être parce qu’on me le demande régulièrement, mais je n’en ai pas envie pour l’instant. Chaque atelier a un thème ou un objectif très ciblé et que l’on ne trouve pas beaucoup (ou pas du tout) ailleurs. Ce qui m’excite, c’est croiser l’écriture avec autre chose, et tenir ce fil rouge.

Une fois que l’idée est là, elle mûrit tranquillement, elle grandit, s’étoffe. C’est un processus créatif comme un autre.

Il y a toute une recherche, des lectures. Par exemple, pour les ateliers « écrire avec le Yi-King », je fais des tirages régulièrement, je vais à des cours sur le sujet. Pour l’atelier d’écriture érotique, je lis beaucoup alors que c’est une littérature que je ne connaissais pas du tout (alors même que j’en écris).

Ensuite il y a toute la mise en place, trouver le lieu, les participants, faire la promo, etc…

Et enfin, le jour « J », j’éprouve un immense plaisir à guider les écrivants dans les propositions que je leur ai préparées.

Je suis toujours stupéfaite de la confiance que me font les gens. Ils se laissent embarquer dans un voyage dont ils ignorent le terme et le chemin. Et enfin, il y a les textes qui sont produits et qui sont toujours d’une variété étonnante.

  • Selon toi, quelles sont les qualités et/ou les compétences nécessaires pour animer des ateliers d’écriture ?

Je ne sais pas, enfin, mis à part quelques qualités humaines, évidemment. Je pense que cela dépend beaucoup du projet que l’on a, qui va attirer son public particulier. Je pourrais parler du sens de l’écoute, mais j’ai connu des animateurs qui en manquaient et avaient pourtant leur public. J’ai aussi envie de parler d’humilité, parce qu’au final ceux qui sont les vedettes de l’atelier ce sont les textes des participants, mais j’ai connu des « divas » de l’animation d’atelier d’écriture.

Je crois quand même qu’une vraie pratique personnelle de l’écriture est un incontournable. Mes ateliers sont assez directement inspiré de ma pratique de l’écriture. mais que cela ne suffit pas. Beaucoup d’écrivains sont incapables d’animer des ateliers d’écriture.

  • A terme, penses-tu pouvoir pérenniser ton activité en dehors de l’Education Nationale ? Comment prévois-tu ta transition vers la sortie du système éducatif ?

J’espère bien ! Je suis déjà en transition. Pour l’instant, j’imagine une activité multiforme, mais reliée par l’écriture et le récit. Je pense développer les ateliers d’écriture, l’accompagnement à l’écriture individuelle ou collectif et intégrer petit à petit des axes plus thérapeutiques au fur et à mesure de l’avancée de ma formation en psychosynthèse…

J’ai fait une demande d’IDV. Je vais également faire une demande de temps partiel. J’ai très envie de démissionner mais cela dépendra du montant de l’IDV.

  • A ceux qui hésitent à se lancer, qui pensent devoir faire des formations, ne pas réussir à financer leur projet, être condamné soit à vivoter de leur projet de reconversion soit à continuer dans un métier qui ne leur plaît plus, que conseillerais-tu ?

Je leur dirais que, malheureusement, on écoute trop souvent ses peurs et pas assez ses désirs et besoins profonds.

On croit par exemple qu’on doit se former, que l’on n’a pas les compétences nécessaires. C’est faux la plupart du temps. Il faut partir justement de ce que l’on sait faire et que l’on prend plaisir à faire. Et ça, c’est là, tout de suite.

Et s’il faut se former au bout du compte, ça se fera, mais on peut souvent commencer quelque chose avant même de se former.

Je leur conseillerais aussi de penser à la mort.

Demain, dans 6 mois, dans trois ans, trente ans, il n’auront plus l’occasion de se poser de questions.

Est-on sur terre pour se contenter de vivoter ? De subir ? Notre monde n’a jamais permis autant le choix aux individus (et il y a encore sur la planète des populations qui n’ont pas vraiment le choix). Et, paradoxalement, c’est ce choix qui paralyse, fait peur. Revenir à soi (ou apprendre à revenir à soi), voilà mon conseil.

  • « Je ne sais pas par quoi commencer pour écrire, de toute façon c’est quasiment impossible d’être publié et en plus on ne gagne rien en tant qu’auteur… » Qu’aurais-tu envie de répondre à cela ?

Qu’on se trouve toujours des excuses quand on a peur. Qu’on n’écrit pas pour être publié ou pour gagner sa vie. On écrit parce qu’on doit écrire, que c’est un élan profond, sans but autre que lui-même

Les ateliers d’écriture sont de très bons starters pour l’écriture. On peut aller en atelier et revenir avec un texte à retravailler. C’est un excellent carburant, et un excellent exercice d’assouplissement pour l’inspiration et la fluidité de l’écriture.

Merci à Marion pour son témoignage et ses conseils!