Quitter l’école pour donner des cours particuliers, un choix plutôt naturel.

Petit retour sur mon expérience après 3 années en tant qu’enseignante indépendante sous le statut d’autoentrepreneur.

 

Donner des cours particuliers, c’est un métier?

 

Oui. Voilà pourquoi un prof qualifié est forcément plus à même d’enseigner en indépendant que quelqu’un qui n’a jamais eu à faire de la pédagogie.

Cela demande de concocter du sur-mesure pour chaque élève. C’est du temps de préparation, pour du multiniveaux souvent… même si on part de ce qui a déjà été fait en classe.

Et cela peut devenir un emploi à part entière, qui demande de développer certaines compétences. J’en cite quelques-unes plus spécifiques, qui se rajoutent bien sûr à celles développées par tout enseignant:

  • connaissance parfaite des programmes enseignés, donc mise à jour et veille – par exemple en mathématiques avec l’entrée de l’algorithmique au collège et au lycée
  • communication avec les familles
  • adaptabilité aux besoins des élèves; la plupart ont surtout besoin d’aide en méthodologie, d’autres sont plutôt bons et ont besoin d’approfondir en vue de préparer l’entrée dans certaines filières ou concours

Donc ce n’est pas à la portée de tout le monde, vous le savez mieux que personne: on ne s’improvise pas prof. Il ne s’agit pas de simplement dépanner, mais bien d’accompagner sur la durée. Il faut bien connaître le profil d’apprentissage de ses élèves car ce qui marche avec l’un ne fonctionnera pas avec l’autre…et c’est là qu’un prof expérimenté et rodé à la différenciation pédagogique sortira son épingle du jeu.

 

Etre prof indépendant, qu’est-ce que cela implique?

Vous n’avez plus la sécurité de l’emploi… il vous faut créer votre offre et partir à la recherche de vos élèves…

Pour cela, il faut s’investir en temps et en énergie:

  • faire connaître son activité
  • accepter le délai de démarrage et donc prévoir financièrement cette période de faible activité
  • se déplacer souvent
  • être en dehors de chez soi quand tout le monde rentre, autrement dit travailler en fin de journée et le week end
  • adopter donc un emploi du temps peu compatible avec une vie de famille
  • passer du temps à préparer, même si c’est pour un seul élève… avoir une batterie d’exercices et de fiches de cours, s’entraîner régulièrement pour pouvoir anticiper les exercices donnés par les profs

 

Avantages et inconvénients des cours particuliers

Je commence par le négatif:

  • flexibilité contraignante parfois (horaires empiétant sur le temps habituellement dégagé pour la vie personnelle)
  • précarité financière: il ne faut pas espérer gagner plus que dans le système, même si certains collègues indépendants s’en sortent très bien… tout dépend du lieu d’exercice car la demande peut être forte dans certains endroits, ou bien la population suffisamment aisée pour avoir des revenus corrects. Un prof indépendant n’aura donc pas du tout le même nombre d’élèves ni le même chiffre d’affaires selon l’endroit où il enseigne
  • trajets plus ou moins importants, donc frais de route et fatigue associée, sauf si l’on arrive à trouver des élèves proches géographiquement et à limiter les déplacements;
  • annulations imprévisibles: maladie, fêtes de famille, vacances scolaires, voyages scolaires, etc. Un bon prévisionnel financier est indispensable pour savoir où l’on va et ne pas tomber des nues!
  • familles qui ne comprennent pas qu’on ne peut pas tout résoudre en 1h par semaine… parfois les difficultés s’accumulent, les lacunes sont bien installées et il faut bien un ou deux trimestres pour remettre à flot un élève. Donc accepter de se sentir un peu impuissant, tout en sachant qu’on fait du mieux qu’on peut
  • entendre des critiques sur les profs… grr!

 

Pour les avantages :

  • relation privilégiée avec les élèves
  • satisfaction du travail bien fait, puisque les conditions sont bonnes, on a le temps d’aider vraiment
  • retours positifs des parents, reconnaissance bien plus fréquente que dans le système scolaire
  • variété des matières et des profils d’élèves
  • possibilité de travailler selon des modalités variées (choix pédagogiques plus larges)
  • possibilité de faire bien plus que donner des cours particuliers: pour ma part, j’ai pu aider certains élèves à se réconcilier enfin avec les apprentissages au sens large, participer à leur choix d’orientation en leur montrant sur quels éléments se baser pour décider…
  • satisfaction comme toute personne à son compte d’être payé pour son travail, d’avoir été choisi et d’être reconnu pour la qualité de ce qu’on effectue
  • tous les beaux mots très touchants reçus de la part des parents et des élèves, bien sûr très précieux… les réussites au bac, les admissions aux concours, les déclics en cours d’année…

Avant de se lancer, je conseille de bien étudier le marché local pour voir si la concurrence est forte ou non et ainsi définir son périmètre d’enseignement.

Egalement, si possible se rapprocher des collègues enseignant dans d’autres matières pour éventuellement travailler ensemble; certains s’associent pour ainsi pouvoir donner des cours collectifs au sein d’un même local.

 

Quel statut pour les profs indépendants?

Le travail de prof indépendant peut être déclaré comme:

Il existe aussi bien sûr la possibilité de travailler pour des agences de soutien scolaire à domicile. (Hors de question pour moi de leur faire de la pub!)

 

Mon expérience des cours particuliers

Avant de passer le CRPE, je donnais des cours particuliers de maths-physique à des collégiens et des lycéens. J’avais adoré ce rapport particulier, le fait de pouvoir s’adapter vraiment aux besoins des élèves et sentir leur progression. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai voulu devenir professeur des écoles.

En disponibilité, j’ai donné des cours particuliers en passant via des agences et en travaillant avec ma propre entreprise.

Outre le fait qu’il est très gratifiant et même grisant de passer de fonctionnaire à entrepreneurdevenir professeure indépendante m’a permis de me réconcilier avec le métier d’enseignant. J’ai retrouvé ce que j’avais aimé au tout début…

J’ai pu faire mon travail de mieux que je pouvais, comme je le voulais…avec qui je voulais.

Car on est alors libre de choisir ses élèves. J’ai rarement refusé des demandes mais cela m’est arrivé: il faut savoir reconnaître quand notre prise en charge va être utile ou non…

J’ai pu retrouver le plaisir de voir les élèves s’exclamer “ça y est j’ai compris!”, “ah mais c’est facile en fait!” et m’annoncer leurs notes avec sourire…

J’ai pu retrouver aussi le temps d’expliquer sereinement, sans crainte de léser un autre élève à côté, sans crainte de prendre du retard sur la journée, sur la période. Bref beaucoup de stress en moins et une qualité d’enseignement bien meilleure! Cela a aussi été l’occasion de mettre en oeuvre des pratiques pédagogiques alternatives, que j’avais déjà testées ou que j’avais découvertes au fil des années sans avoir eu l’occasion de les utiliser.

Ainsi, j’ai pu

  • créer spécialement pour des élèves des mind maps facilitant leurs apprentissages,
  • trouver avec eux des techniques de mémorisation adaptées à leur profil (plutôt auditif, visuel, kinesthésique…),
  • inventer des jeux de rôles pour mieux comprendre les principes d’un cours
  • créer des modèles de fiches de synthèse personnalisées
  • leur faire faire de la géométrie grandeur nature sur le sol de leur chambre…

Bref, je n’ai pas seulement donné des cours particuliers: j’ai surtout eu la sensation d’accompagner ces élèves durant un an ou plus, pendant une période de leur scolarité. Je les ai vus s’épanouir, se confronter à leurs difficultés avec courage et lucidité, parvenir à accepter mieux leurs erreurs, me faire confiance et avancer avec moi.

Ca n’a pas de prix!

 

Je  garde précieusement les jolis mots reçus en fin d’année, et les papillons dans le ventre en voyant les mentions au bac et les rangs au concours… mon travail avait aidé véritablement des familles, je pouvais en mesurer les résultats. Cela est tellement plus rare et difficile dans un contexte de classe entière!

Participer à la réflexion sur l’orientation – les parents sont demandeurs quand ils ont confiance et savent qu’on connaît bien leur enfant, donner des conseils sur les choix de filière, élargir sa prise en charge quand c’est nécessaire… j’ai pu faire évoluer mon travail grâce à un suivi régulier et à mon cursus.

Grande satisfaction quand les parents nous remercient de voir leurs enfants aller bien, aller mieux… parce qu’on sait comme cela peut aussi être difficile et pesant de voir son enfant en difficulté à l’école…

Passer de l’autre côté de la barrière, c’est un luxe. Bien sûr, c’est comme pour tout un choix à faire en conscience, avec ses avantages et ses inconvénients.

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Pour réussir à se lancer comme indépendant dans le domaine de l’enseignement: