HPI surdoués gérer au travail

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  • enfants précoces et surdoués à l’école
  • éducation nationale et enfants surdoués
  • enseignement pour enfants surdoués
  • relations entre enseignants et élèves surdoués

La plupart du temps donc, il s’agit de résultats tournant autour de cette affirmation : les élèves surdoués sont à part et il faut les reconnaître comme tels et adapter son enseignement etc. Je synthétise, sans porter aucun jugement – ici n’est pas le sujet.

Elèves à besoins particuliers, et les profs alors?

Comme je l’évoquais dans un échange récent sur un forum d’enseignants , il est vraiment agaçant de constater qu’aujourd’hui, alors qu’on commence tout juste à prendre en compte les spécificités des élèves (besoins spécifiques, handicaps, troubles des apprentissages, bref le retour à la prise en considération de l’élève à travers la reconnaissance d’éléments importants son identité personnelle), donc alors qu’on se penche enfin sur les besoins particuliers des élèves, rien n’est  fait pour les enseignants.

L’enseignement est un métier exigeant en particulier sur le plan relationnel: j’ai toujours considéré que je faisais bien mon travail quand j’avais réussi à instaurer une relation de type gagnant-gagnant avec l’élève. Encore plus dans le cadre des cours particuliers bien sûr. Mais si l’on en revient à la classe, il me paraît évident qu’on ne peut être bien dans la relation enseignant-élève que si les besoins de chacun sont connus et respectés: besoins entrant en jeu dans la mise en oeuvre de l’apprentissage et de l’enseignement.

 

Car l’un ne va pas sans l’autre: qui peut prétendre qu’un élève à besoins spécifiques, qu’il soit dys, autiste ou précoce, se sentira bien à l’école s’il n’est pas reconnu pour ses spécificités et si l’on n’en tient pas compte dans sa façon d’enseigner?

Je pose donc la question: qui peut prétendre qu’un enseignant à besoins spécifiques, qu’il soit dys, autiste ou surdoué (puisque le terme précoce ne concerne que les enfants), se sentira bien dans sa posture d’enseignant s’il n’est pas reconnu (au moins par lui-même!) pour ses spécificités et s’il ne peut adapter sa façon de travailler à ses particularités?

 

Prof et surdoué, qu’est-ce que ça change?

J’ai envie de dire: tout!… Beaucoup de choses en tout cas, suffisamment pour :

 

  • se sentir en décalage permanent avec les autres

Même si l’enseignement offre une bonne part d’indépendance, le travail d’équipe est important… et c’est particulièrement frustrant, culpabilisant, douloureux, de se retrouver confronté à de l’incompréhension de la part des pairs. A fortiori lorsqu’on n’est pas au courant de sa douance! Ne pas se sentir en phase avec les collègues, ne pas comprendre pourquoi ces réunions à rallonge alors qu’en cinq minutes la synthèse était prête, ne pas comprendre pourquoi tel projet présente un intérêt alors que le nôtre semble plus porteur, ne pas comprendre pourquoi on est seul à s’enflammer pour défendre une cause ou une personne… On pourrait vite croire qu’il s’agit alors simplement de mépris ou d’arrogance. C’est parfois ressenti comme tel, et on peut être perçu comme quelqu’un qui se croit supérieur aux autres. Sauf que le ressenti est d’un autre ordre: on se sent différent sans trop savoir pourquoi, toujours à côté de la plaque – et quand on sait pourquoi, on peine à trouver des solutions pour moins se faire remarquer ou bien pour s’adapter. Ce qui est fatigant en tant que prof, c’est faire classe, mais c’est aussi devoir s’adapter en permanence. Quand en plus on a l’impression d’être un vilain petit canard, on passe son temps à jouer au caméléon en y perdant beaucoup d’énergie. Et d’estime de soi.

  • exacerber son perfectionnisme à travers un métier vécu comme une mission

Pour l’adulte surdoué, il ne s’agit pas de faire classe ni de donner un cours, mais de sauver le monde! J’exagère à peine… Le métier est important, il est la dimension qui permet au potentiel de se révéler et de s’exprimer. Etre enseignant c’est pouvoir contribuer à partager son savoir, continuer à enrichir ce dernier, confronter sa vision à celle des élèves, leur montrer la voie, les aider à progresser, à devenir eux-mêmes, à acquérir des outils pour construire leur pensée, leur réflexion… J’arrête là car l’exhaustivité serait une gageure. Autant dire que l’enseignant surdoué a la plupart du temps vraiment à coeur de se donner à fond dans son travail…comme tous les autres enseignants me direz-vous? Comme beaucoup d’entre eux oui, sauf que le surdoué va vivre cette mission d’une façon encore plus intense, avoir du mal à déconnecter du travail, et ressentir plus sensiblement tous les remous liés au quotidien professionnel. Par extension, le système éducatif peut aussi vite paraître limitant: on ne peut pas créer tous les projets qu’on souhaiterait, on ne peut pas sortir du cadre, on ne peut pas aller aussi loin qu’on voudrait. Pas le temps, pas les moyens, pas l’ouverture nécessaires pour réaliser tout ce qu’on a en tête. Ce qu’on fait n’est jamais assez bien, on a beau essayer de se convaincre qu’on en assez fait, on cherche toujours à peaufiner, essayer de nouvelles approches… Ca nous plaît mais ça nous brûle à la longue.

 

  • être plus sensible à tout, y compris au burn out

Le thème de l’hypersensibilité est hypra galvaudé en ce moment… Qui n’a pas envie de se décrire comme hypersensible? ça explique bien des choses et ça permet de se déculpabiliser. Ici, je ne souhaite pas m’engager dans le débat sur l’éventuel mythe de l’existence de caractéristiques propres aux surdoués. Bien sûr qu’on se retrouve ulcéré en milieu professionnel par les situations d’injustice, de manque de moyens, de discours non suivis d’effets. Comme tout le monde j’ai envie de dire. Sauf que: il est vraiment difficile d’admettre cela, de passer outre et de conserver sa motivation à travailler dans de telles conditions. Ca demande des compromis récurrents avec sa propre vision du travail et on peut vite se sentir devenir médiocre parce qu’on n’aura plus la fameuse panoplie du superprof irréprochable, parfaitement intègre et prompt à sauver tout son monde… Difficile d’accepter qu’on peut et qu’on doit faire avec les moyens du bord, même si cela va à l’encontre de nos idéaux, de nos ambitions. L’humilité peut sauver la mise, le fait de s’engager ailleurs que dans le milieu du travail peut aider aussi.

Le fait est que, surdoué diagnostiqué ou non, lorsqu’on a un tempérament hypersensible et perfectionniste, on réunit le cocktail parfait pour déclencher un burn out. Heureusement que toutes les personnes surdouées ne vivent pas de burn out et heureusement que toutes les personnes hypersensibles et perfectionnistes non plus. Mais il n’en demeure pas moins que se connaître soi-même, et donc éventuellement savoir que l’on possède un raisonnement et une perception du monde qui nous entoure plus vifs, plus acérés, peut aider à prévenir voire éviter le danger du burn out.

 

Savoir qui on est,

comprendre ses besoins,

connaître son mode de fonctionnement,

c’est s’assurer d’aller vers ce qui nous convient le mieux,

et donc d’être plus épanoui dans sa vie professionnelle.

enseignants surdoués

Liens:

Hauts potentiels et burn out: danger!

Accomplir sa vocation en tant qu’adulte surdoué

Conférence MENSA sur l’adulte surdoué par Véronique Burban, psychologue

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