Au fil des pages Facebook, j’ai découvert celle de Bénédicte, une jeune professeur des écoles qui avait lancé une campagne de financement participatif pour obtenir la poursuite de sa licence professionnelle “Administration et Management Public”. Passer de l’enseignement à la gestion de projets, c’est possible!

Aujourd’hui, c’est une reconvertie heureuse qui a accepté de partager son parcours semé d’embûches qu’elle a brillamment réussi à contourner. Cette reconversion lui a permis de retrouver le plaisir au travail et la stimulation intellectuelle qui lui manquait dans son ancien environnement. Son poste actuel de directrice par intérim du pôle établissement, au sein d’un centre intercommunal d’action sociale lui permet de rester dans cette dynamique évolutive.

  • Peux-tu te présenter aux lecteurs de Quitter l’école?

 

Je m’appelle Bénédicte, j’ai été professeur des écoles pendant huit ans. J’avais toujours rêvé de faire ce métier, c’était une vraie vocation pour moi… J’ai fait toutes mes études dans cette optique, avec cet objectif en tête…même si en réalité, ma licence de sociologie m’avait déjà ouvert l’esprit sur d’autres horizons qui avaient parfois mis en doute ma volonté… Mais j’avais tellement envie de faire ce métier que je sais aujourd’hui que je l’aurai regretté si je ne n’étais pas allée jusqu’au bout de mon rêve.

  • Qu’est-ce qui a déclenché ton souhait de reconversion ?

    Au bout de 7 années d’enseignement, j’ai commencé à « subir » la grande routine du métier… J’ai commencé à m’ennuyer et à souhaiter évoluer professionnellement... Or, quand on commence à se poser cette question, on se rend compte que quand on est prof, il n’y a aucune possibilité d’évolution… A partir de là, je me suis sentie comme « prisonnière » de ce métier, « prisonnière » de ma salle de classe 6 heures par jour… Et je ne me voyais pas continuer cette routine indéfectible pendant encore plus de 30 ans…

  • Comment as-tu trouvé l’idée de te tourner vers cette formation en IUT ? Pourquoi cette formation plutôt qu’une autre ?

    Comme je l’ai dit, j’ai une formation de base en sociologie. J’ai adoré réfléchir sur les faits de société, m’intéresser au monde qui m’entoure… Quand j’ai découvert cette formation en IUT, le contenu des enseignements permettait d’acquérir une très grande connaissance du monde des services publics… De ce monde dans lequel on vit et dont on ne perçoit pas les réels enjeux ! Cela me paraissait indispensable d’avoir conscience des enjeux de la société dans laquelle je vis, de comprendre les décisions des pouvoirs publics, de connaître nos institutions publiques et leur fonctionnement… C’est une connaissance extrêmement stimulante, qui m’a donné l’impression d’ouvrir les yeux sur un monde dans lequel je vivais mais que je ne connaissais pourtant pas…

  • Quelles perspectives s’ouvrent à ceux qui suivent cette licence professionnelle?

    Il y a de nombreuses possibilités : il y a plus de 240 métiers dans la fonction publique territoriale… ! Certains étudiants de ma promo se dirigent vers les métiers des ressources humaines, d’autres vers la comptabilité publique, d’autres encore vers l’urbanisme… Et d’autres continuent vers un master de droit public !

  • Quelle a été la réaction de ton entourage face à ton choix de reconversion ? Comment as-tu fait pour assumer ton choix et poursuivre dans ta direction sans te décourager ?

    J’ai eu beaucoup de chance à ce niveau-là car mon mari m’a complètement soutenue dans cette démarche.

 

C’était un choix à faire à deux, car ne percevant aucun salaire pendant plus d’un an, il a fallu adapter notre vie quotidienne…

 

 

Mais nous avions un nouveau projet de vie en parallèle, nous en avons profité pour changer de région, refaire notre vie dans une région qui correspondait mieux à nos aspirations… Du côté de la famille, mes parents ont compris ma démarche et m’ont également soutenue, car je les ai informés de ma volonté dès le début.. Ils ont bien vu que ce n’était pas une décision prise sur un coup de tête, il m’a fallu deux ans pour concrétiser cette reprise d’études… En revanche, d’autres personnes ne comprenaient pas ma décision et me « reprochaient » en quelque sorte de me mettre en danger : «  Pourquoi renoncer à un boulot où tu as la sécurité de l’emploi ? » « Pourquoi renoncer aux vacances ? »

reconversion gestion de projets

  • Peux-tu nous retracer brièvement ton parcours depuis que tu as lancé ton projet de reconversion ? 

    2014 : J’ai commencé à ressentir une volonté d’évolution, une plus grande stimulation intellectuelle…

    2015 : J’ai vraiment commencé à sentir l’ennui… J’ai passé des heures à lire des témoignages et idées de reconversion, car je n’avais aucune idée de ce que voulais faire! Mon métier me plaisait encore par certains côtés, mais je m’ennuyais ! A force de chercher, je suis tombée sur cette licence professionnelle à l’IUT d’Annecy. Dès que j’ai lu le descriptif du contenu, j’ai su que c’était ce que voulais faire. En parallèle, avec mon mari, nous avions besoin de changer de vie, d’un renouveau… de prendre le temps de découvrir la vie, les autres… Alors nous avons pris la décision de partir voyager en Nouvelle-Zélande pendant un an.

    2016 : J’ai préparé tous les documents nécessaires à mon inscription en IUT, et nous sommes partis en Nouvelle-Zélande. En revenant, j’ai passé un entretien à l’IUT où j’ai été retenue. J’ai connu de grandes difficultés pour trouver un stage, car j’avais dépassé l’âge pour pouvoir être apprentie… Et aussi pour trouver une aide au financement de la formation… qui s’élevait à 6500 € l’année !

  • As-tu rencontré des difficultés lors de ta reconversion et si oui lesquelles ?

    Les plus grandes difficultés ont été :

    Obtenir une disponibilité de l’Education Nationale : en Picardie, dans l’Oise, département d’où je viens, toutes les demandes de mutation, de disponibilité, de congés de formation sont refusées pour nécessité de service… (Autant dire que cela ajoute considérablement au sentiment d’être « prisonnier » de son métier) Mon mari a du trouver du travail en Haute-Savoie pour que je puisse avoir une disponibilité pour rapprochement de conjoint (que l’Education nationale n’a pas le droit de refuser)

    Trouver un stage sur une durée de plus de 6 mois : stage rémunéré 3,60€ de l’heure, soit 250 euros par mois… J’ai essuyé plus de 50 réponses négatives de collectivités me disant qu’elles n’avaient pas de budget pour cela !

    Trouver une aide au financement… Que je n’ai jamais trouvé malgré les multiples dossiers et démarches que j’ai accomplies ! C’est finalement une cagnotte de financement participatif qui m’a aidé à payé une partie de la formation.

  • Raconte-nous cette aventure du financement participatif : comment t’est venue l’idée et l’audace de le faire ? Est-ce que tu pensais que ça marcherait si bien ? 

    Globalement, ce sont surtout des personnes de mon entourage qui ont participé. Mais certaines personnes m’ont fait des dons alors que ce sont des cousins très éloignés de mon mari que je n’ai jamais rencontré par exemple ! Ou encore une collègue de travail de mon frère que j’ai eu l’occasion de rencontrer une fois et qui a été séduite par le projet ! Je ne pensais pas que cela fonctionnerait, j’en étais abasourdie au début !

  • Si tu devais repasser par ce processus de reconversion, de quoi aurais-tu besoin et/ou qu’aurais-tu aimé avoir comme aide ou informations, que changerais-tu pour que ta reconversion se passe le mieux possible ?

    Tout simplement, il faudrait qu’un droit à la reconversion professionnelle soit reconnu. On fait de beaux discours aujourd’hui sur la formation tout au long de la vie, mais dans la réalité, quand vous changez de métier par choix, tout est fait pour vous décourager… J’ai rencontré des conseillers chez Pôle emploi qui étaient aussi dépités que moi face au système… Ils auraient aimé pouvoir m’aider car j’avais un vrai projet professionnel derrière, j’avais trouvé ma formation, je m’étais battue pour trouver mon stage… mais ils ne pouvaient pas m’aider car je n’étais pas chômeur de longue durée… Ou bien parce que j’avais déjà une licence et que c’était déjà bien suffisant… Tout est fait pour vous faire culpabiliser de renoncer à votre emploi…

  • Quels points communs/que mets-tu de commun en oeuvre vois-tu entre ton futur métier et ton ancien métier d’enseignante ? En quoi le fait d’avoir été professeur des écoles te sert-il dans ton poste actuel au CIAS (Centre Intercommunal d’Action Sociale)?

    Mon poste actuel consiste essentiellement en de la gestion de projets. Des projets, j’en ai menés de très nombreux en tant que professeur, donc cela m’aide, c’est certain.

  • Mais au-delà de cela, je pense que la grande plus-value qui me vient de ce métier est la capacité à communiquer avec les autres, à savoir faire passer un message parfois délicat avec les bons mots, à s’adresser aux bonnes personnes au bon moment…

 

reconversion gestion de projets

  • Peux-tu nous décrire ta journée type de travail?

    Ma journée-type, à l’heure actuelle, je ne la vois pas passer ! J’ai une vingtaine de projets à mener de front, avec certaines échéances plus urgentes que d’autres à respecter. Je n’ai pas vraiment de routine dans ce nouveau métier. Bien sûr, comme beaucoup, je prends connaissance de mes mails, y répond et engage des réflexions autour des problématiques qui me sont posées… mais sinon, tout dépend de chaque jour ! Je vais avoir des journées où je dois beaucoup me déplacer dans les établissements du CIAS pour rencontrer les directeurs, ou le personnel, leur apporter mon aide et mon soutien pour la concrétisation de certains projets dans leurs établissements… D’autres fois, je vais prendre le temps de me poser et de réfléchir sur un projet qui m’a été confié, initier un groupe de travail autour de ce projet…. Ensuite nous nous rencontrons par groupe pour réfléchir à leur avancée et leur concrétisation… Je crois que c’est la chose qui me plaît le plus et qui me manquait énormément dans mon ancien métier : prendre le temps de réfléchir à plusieurs sur des problèmes qui se posent, on est tellement plus intelligents à plusieurs plutôt que de réfléchir et travailler chacun dans son coin !

  • Cite-nous 3 choses que tu adores dans ton travail actuel et qui n’existaient pas dans ta vie d’enseignante.

    Le travail de groupe, la concertation

    – Les déplacements quasi-quotidiens

    – La liberté de gérer mes journées et mon planning

  • Comment est perçue ta première carrière d’enseignante par ton entourage professionnel actuel ? 

    Je n’ai pas particulièrement communiqué cette information quand je suis arrivée. Non pas volontairement, mais il me semblait plus important de dire de quelle formation j’étais issue… Au bout de deux ou trois semaines, j’ai eu l’occasion d’en parler. Souvent mes collègues sont un peu surpris au début et demandent : Et pourquoi tu as voulu arrêter ? Puis, la remarque suivante est souvent : c’est vraiment un métier que je nepourrais jamais faire ! Il y en tellement qui arrêtent !

  • Aux enseignants qui hésitent à se reconvertir, à entamer une nouvelle formation, que conseillerais-tu ? A ceux qui sont persuadés qu’en tant que professeur des écoles, ils n’ont pas de compétences à faire valoir en dehors de l’enseignement, que dirais-tu ?

    Je dirais que, comme toute reconversion, il faut vraiment être motivé mais que tout est possible quand on le veut et qu’on s’en donne les moyens ! J’entends beaucoup de gens (enseignants ou non) dire que j’ai de la chance d’avoir réussi, mais que eux, leur situation fait qu’ils ne pourraient pas se lancer un tel projet (pour des milliers de raisons!)… J’ai de la chance, c’est sûr, car aujourd’hui j’ai un métier dans lequel je me sens épanouie, mais j’ai beaucoup travaillé et j’ai fait des sacrifices pour y arriver. C’est souvent facile de croire que les autres sont dans une situation plus facile que la nôtre pour pouvoir engager un projet… ça permet de se déculpabiliser car bien souvent, le réel obstacle… c’est que l’on n’ose pas y aller… ! Bien sûr, ça fait peur, c’est l’inconnu… Bien sûr, il y a parfois des déconvenues et des moments difficiles… Mais derrière, il y a une réalité : la fierté d’avoir réussi à le faire ! Alors, si vous en avez l’envie et que votre projet est bien réfléchi, un seul mot d’ordre : lancez-vous !

Merci beaucoup à Bénédicte d’avoir partagé son parcours!