Je me suis dit: “ouf, je pars pour de bon'”

C’était fait: dernière rentrée, demande de mise en disponibilité, master 2 à valider… Et cette année, la démission.

Au final, cette phase était simplement la mise sur les rails d’un chemin qui n’est pas encore fini, parce que j’ai le bonheur de le faire évoluer chaque jour, mais en gardant la direction que je souhaite.

Ce ne sont plus les œillères de l’Education Nationale qui vont m’empêcher d’avancer. Je n’ai plus pour seul souci l’obtention d’un poste pas trop loin, pas trop pénible – et la déconvenue vécue maintes fois des années durant, de me retrouver comme complément et de devoir me couler dans le moule des autres…

Ce ne sont plus donc ces lignes droites qui nous empêchent de nous retourner et de regarder ailleurs, de voir comme le paysage peut être intéressant, comme les opportunités fleurissent de grandir en dehors de cette institution sclérosée qu’est devenu le système éducatif.

partir de l'Education Nationale

Le départ, c’est le début du voyage.

C’est là que tout commence, qu’on peut enfin déployer ses ailes.

Ca fout le frisson et ça vous galvanise en même temps.

Je sais pertinemment qu’en tant que prof nous avons souvent l’air de faire partie d’un autre monde, au mieux privilégié (salaire fixe, sécurité, vacances, vous connaissez la chanson), au pire régressif (un enseignant ne sait pas ce qu’est la vie!).

Et il est vrai que s’enfermer malgré soi dans un mode de fonctionnement fonctionnarial, peut à la longue nous priver d’une vue plus globale.

Mais du coup, quand on part, qu’est-ce qui se passe?

On embarque à bord de notre propre véhicule.

On est enfin maître à bord pour de vrai, on tient les commandes.

Alors oui, cela fait peur, surtout au début.

C’est aussi grisant, de savoir qu’on doit notre réussite à nous-même et qu’on peut obtenir la reconnaissance pour ce qu’on est  et ce qu’on a à offrir – et non pas un salaire fixe qui ne tient pas compte des efforts particuliers qu’on a pu faire, de notre implication plus forte à certaines périodes, et qui nous rend anonyme parmi les anonymes, milliers de petits soldats accomplissant leur tâche du mieux qu’ils peuvent, souvent au détriment de leur équilibre personnel…

La trajectoire se réévalue sans cesse. C’est à nous de contrôler les paramètres:

  • est-ce que cette voie est la bonne?
  • dois-je tenter cette formation?
  • combien de temps puis-je tenir sur mes économies?
  • suis-je capable de créer mon entreprise?

partir de l'Education Nationale

Je vous avoue que je ne ferai marche arrière pour rien au monde.

J’ai plus appris en 3 ans qu’en dix ans en tant qu’enseignante.

Je suis redevenue élève de la vie.

Tout était possible, tout était difficile: des montagnes à franchir, des passerelles partout.

Retrouver le monde réel, le monde des adultes: sortir du confort de la fonction publique.

Voir plus grand et se donner des moyens à la mesure de ses ambitions.

Pouvoir enfin concrétiser ses envies et déterminer où on veut aller, en sachant pourquoi.

 

C’est quand on part que tout commence, et qu’on peut s’arrêter si besoin au lieu de continuer à fonctionner sagement:

  • un travail alimentaire pour assurer un revenu minimum (oui,  il y a des besoins, des offres, rien que dans les services à la personne…)
  • une mise en attente du projet plus grand pour commencer petit là où on peut comme on peut (vous savez, les fameux petits pas qui nous mènent très loin?)
  • un partage d’expériences, des partenariats, des échanges avec des personnes passées par là comme vous…

 

Ma reconversion ressemble à la vie que je voulais avoir:

fluide

créatrice

nourrissante

surprenante

et surtout avec beaucoup, beaucoup d’ouverture(s).

Le jour où je suis partie, sans le savoir j’ai ouvert la porte à l’intérieur de moi pour commencer.

Et l’espace ne cesse de s’agrandir, au fil des rencontres, des expériences, des idées qui s’affolent sans cesse dans ma tête et qui ont simplement besoin de temps pour se concrétiser sereinement.

partir de l'Education Nationale

Partir c’est grandir.

Les voyages forment la jeunesse.

Les départs libèrent et font bouger les lignes.

Vous avez la boussole, vous pouvez vous procurer la carte.

 

Je vous souhaite un bon voyage, futurs-ex-collègues, je vous souhaite une route riche, variée, qui vous emporte plus loin que vous ne l’auriez imaginé.

Il ne s’agit pas d’accomplir de grandes choses, il s’agit simplement de faire le voyage de soi à soi.

 

Au plaisir de lire vos retours, vos parcours. 🙂