Laurence Pierson a gentiment accepté de nous parler de son parcours de reconversion particulièrement parlant pour les professeurs des écoles – mais pour les autres enseignants aussi!

Bon nombre d’enseignants se demandent aussi comment se passe concrètement une démission: les démarches, les délais etc. Hé bien, cela aussi Laurence l’a vécu et elle nous livre tous les détails de cette véritable aventure!

Voilà donc l’histoire de Laurence, enseignante devenue rééducatrice en écriture…

 Quel est ton métier actuel et comment l’as-tu appris ?

Je suis rééducatrice en écriture. Cela veut dire que les enfants, les adolescents et les adultes qui ont des difficultés avec leur écriture manuscrite se tournent vers moi et que je leur propose un programme de rééducation en quelques séances, grâce à un petit entraînement quotidien à la maison.
Ma formation a été complexe : déjà, j’ai enseigné pendant 18 ans à tous les niveaux du primaire, de la PS au CM2 en passant par la CLIN. C’est une bonne base pédagogique. Ensuite, j’ai suivi une formation spécifique sur le geste d’écriture. Cela m’a donné des outils théoriques. Avant de m’installer, j’ai été accueillie par des rééducatrices en écriture en exercice. J’ai ainsi fait une sorte de stage pratique. Enfin, nous avons créé une association de rééducatrices  et avons fait venir différents professionnels pour compléter notre approche : orthoptiste, kiné spécialisé dans les dystonies, consultante en brain gym… et ce n’est pas fini !

Pas plus tard que ce matin, j’ai pris des contacts avec une spécialiste de la latéralisation des enfants pour lui demander une conférence… nous continuons à nous former même après plusieurs années d’exercice.

 Comment as-tu eu l’idée de te tourner vers ce métier ?reconversion enseignante rééducatrice en écriture

J’ai toujours eu du mal à comprendre pourquoi mes propres enfants et mes élèves écrivaient aussi mal. J’ai donc cherché une formation qui ne soit axée ni sur la graphologie, ni sur la psychologie, mais sur le geste d’écriture

Ensuite, je ne pensais pas du tout en faire un métier, mais mes copines instits n’arrêtaient pas de m’envoyer des enfants, alors, finalement, je me suis lancée !

Peux-tu nous retracer brièvement ton parcours depuis que tu as lancé ton projet de reconversion ?

juin-juillet 2012 : j’ai commencé à travailler avec quelques enfants envoyés par des collègues, <strong>pour voir si j’y arrivais</strong>, et à faire un stage chez ma (future) collègue d’Alsace.
septembre 2012 : j’ai ouvert mon <strong>auto-entreprise</strong> et mon  site web

septembre 2013 : l’activité de rééducation prenant de plus en plus de place dans mon emploi du temps, j’ai décidé de <strong>démissionner</strong>. J’ai attendu 2014 pour le faire sur une seule année civile.

janvier 2014 : j’ai envoyé ma <strong>demande d’IDV</strong>.<em> (NDLR : Indemnité de Départ Volontaire)</em>

jusqu’à juillet 2014 : j’ai multiplié les relances au rectorat, consulté une avocate… bref, couru après l’IDV !

7 juillet 2014 : je suis ENFIN allée chercher au rectorat l’acceptation de mon IDV et j’ai pu envoyer ma lettre de démission officielle.

31 août 2014 : date d’effet de ma radiation des cadres

24 décembre 2014 : l’IDV est arrivée sur mon compte en banque. Ca aura pris pile un an.

NDLR: comme quoi, il faut continuer à croire au Père Noël!

janvier 2015 : j’ai adopté une comptabilité complète en prévision d’un changement de statut. J’ai pris un comptable.

janvier 2015 : j’ai commencé à organiser des  formations régulières pour les enseignants

août 2015 : j’ai dépassé les plafonds de l’auto-entreprise.

janvier 2016 : j’ai décidé de faire ma comptabilité moi-même et acheté un logiciel pour.

début 2016 : j’ai changé de statut de fait en quittant l’auto-entreprise. Je dois régulariser auprès de l’URSSAF, la CIPAV, le RSI, la RAM…

mai 2016 : je fais ma première déclaration d’impôts en tant qu’entrepreneur individuel

NDLR: où l’on voit qu’un projet mûrement réfléchi et testé d’abord à petite échelle (ce que permet l’autoentreprise) peut mener à la réussite! Revers de la médaille : où l’on voit que l’IDV, ça ne s’obtient pas d’un claquement de doigts, loin s’en faut!

As-tu rencontré des difficultés lors de ta reconversion et si oui lesquelles ?

Le rectorat qui ne répond jamais, a fait traîner mon IDV pendant des mois et des mois, puis traîner le règlement. Les informations fausses que j’ai reçues ici et là, y compris venant d’un fiscaliste, d’une avocate et de mon comptable. J’ai appris à ne me fier qu’à moi-même : quand on me donne une info, je la vérifie sur servicepublic.fr ou bien auprès de l’administration concernée.

 

Si tu devais repasser par ce processus de reconversion, de quoi aurais-tu besoin et/ou qu’aurais-tu aimé avoir comme aide ou informations ?

J’aurais eu besoin de bons conseils, bien sûr. Il n’existe strictement rien, même pas une brochure, qui explique comment se passe la sortie de l’auto-entreprise. Aucun accompagnement d’aucune sorte.
Ma famille m’a énormément soutenue, heureusement.

reconversion enseignante rééducatrice en écriture

Quels points communs vois-tu entre ton métier de rééducatrice en écriture et ton ancien métier d’enseignante ?

Beaucoup ! Je me considère en fait plus ou moins toujours comme enseignante.

Je suis « maîtresse d’écriture ».

J’ai des élèves en face de moi, j’essaye de trouver la meilleure manière de leur enseigner quelque chose. De plus, je fais beaucoup de formations pour enseignants, donc je suis toujours dans le métier et en contact avec les collègues.

Peux-tu nous décrire ta journée de travail ?

Je me lève tard ! Rarement avant 8 h 30. Si c’est mercredi, j’enchaîne les cours de 9 h 00 à 19 h 00. Les autres jours, j’ai parfois un cours ou deux le matin, mais sinon je passe beaucoup de temps sur mon ordinateur. Je rédige des articles, je vais sur Facebook et Twitter faire connaître mon activité.

Je travaille sur mes formations : prise de contacts, préparation des Powerpoint. Je corrige les copies de mes stagiaires rééducatrices. Je fais la paperasse administrative. Je réponds à mon courriel, à mes messages téléphoniques, aux mille et une questions qu’on me pose. L’après-midi, j’ai généralement au moins 4 cours. Je finis à 19 h 00, puis je fais ma compta du jour.

 

Cite-nous 3 choses que tu adores dans ton travail actuel et qui n’existaient pas dans ta vie d’enseignante.

1. L’extrême variété de mes élèves : de 4 à 60 ans, de tous milieux sociaux, de tous niveaux, avec des problèmes extrêmement différents. Quoi de commun entre le gamin qui n’arrive pas du tout à apprendre à lire et à écrire au CP et l’étudiant de Sciences Po qui a mal à la main au bout de 4 heures d’examen ? Entre la collégienne à la jolie écriture trop lente et la professionnelle qui a une crampe de l’écrivain handicapante dans son métier ?

2. L’absence de hiérarchie.

Je n’ai plus jamais à rendre de compte à personne.

Si je fais mal mon travail, eh bien, ma boîte ne marchera pas, tant pis pour moi. Mais plus jamais un inspecteur ne viendra me regarder de haut et me mettre une note comme à une sale gosse.
J’ai également gagné ma liberté totale de parole, ce qui n’a pas de prix.

3. La liberté horaire : hier, je suis allée voir l’expo Seydou Keïta avec ma fille. Jeudi, je déjeune avec une copine et je ne vais pas devoir lui dire « faut que j’y aille, je suis de service » !

Je prends moins de vacances, mais j’en ai moins besoin et je les prends quand je veux. C’est génial.

A ceux qui hésitent à se reconvertir, à se lancer à leur compte dans une profession libérale comme la tienne, que conseillerais-tu ?

De tester d’abord ce qu’on veut faire avant de se lancer. Je n’ai pas fait un « business plan », j’ai commencé à bosser et j’ai regardé si ça marchait. Je n’ai pas investi un centime à moi. C’est avec l’argent de mes premiers cours que j’ai acheté une table, des chaises adaptées, une ramette de papier… le reste est venu petit à petit. Du coup, quand j’ai démissionné, je savais déjà que ça marcherait.

Si quelqu’un hésite, je lui conseillerais de faire des listes : ce que j’ai à perdre, ce que j’ai à gagner. Si dans la liste « ce que j’ai à perdre » il y a quelque chose d’essentiel, il ne faut pas le faire. Sinon… go ! ☺

Où peut-on se former et retrouver les dates de formation à la rééducation en écriture que tu proposes ?

Toutes les infos sur la formation sont sur le site http://www.association5e.fr

Mais attention, la session 2016-2017 est déjà archi-complète, on étudiera les candidatures pour la session 2017-2018 en janvier prochain seulement.
Sinon, il y a beaucoup d’infos sur mon métier sur mon site ecritureparis.fr 

Merci à Laurence d’avoir pris le temps de raconter son parcours! J’espère qu’elle inspirera d’autres collègues en voie de reconversion et que cela contribuera à mieux faire connaître son métier de rééducatrice en écriture.