Pourquoi j’ai voulu être prof

Après des études dans lesquelles je me sentais de plus en plus en porte-à-faux, j’ai compris que travailler en entreprise et au final faire du business avec l’alimentation n’était pas pour moi. Je sentais bien que tôt ou tard, je ne supporterais plus ce hiatus entre mes valeurs personnelles et celles prônées par la majorité des entreprises du secteur…

Donner des cours particuliers a été un moyen pour moi de (re)découvrir à ce moment-là ce qu’était l’enseignement.

J’aimais pouvoir aider, encadrer, rassurer, faire progresser.

J’ai voulu devenir prof animée par un fort désir d’exercer un métier le plus en cohérence possible avec mes motivations intrinsèques:

  • avoir un travail qui a du sens. La portée sociale du métier d’enseignant était fortement motivante pour moi. Le souhait de contribuer à plus d’égalité grâce à l’apprentissage était un idéal auquel je tenais beaucoup (et encore d’ailleurs!).

 

  • pouvoir travailler de manière indépendante. Savoir que j’allais être maître à bord et donc pouvoir créer du contenu et faire des choix par moi-même était fondamental.

Je ne sais pas donner des ordres et je ne sais pas y obéir, alors en tant qu’enseignante j’avais une position intermédiaire dans laquelle l’autorité, si elle était importante, était dosée de part et d’autre… pas vraiment de chef présent, pas vraiment de subalternes non plus… le rapport enseignant-élève me semblait plutôt relever du partenariat (dans le meilleur des cas!) et ça me convenait très bien.

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Ce qui me plaisait quand j’étais enseignante

J’ai beaucoup apprécié cette (relative) liberté pédagogique. Elle est certainement réduite aujourd’hui, mais j’ai pu en profiter suffisamment pour tester des tas de choses dans mes classes. Il ne s’agissait pas de faire des expériences, mais plutôt de pouvoir exprimer ma personnalité à travers ma façon de faire et mes choix:

  • mise en place de dispositifs alternatifs, en particulier pédagogie type PMEV – qui m’a demandé un travail de fou, et je me rappelle encore de toutes ces heures passées à échanger avec des collègues sur le forum EDP, c’était littéralement galvanisant! Tout ça me semble bien loin… et pourtant, ce fut une période très intense et très enrichissante pour moi. Etre seule dans mon école à pratiquer cette pédagogie n’était pas très confortable, mais j’ai eu la chance d’avoir des classes successives qui s’y prêtaient bien et des parents d’élèves plutôt très réceptifs dans l’ensemble.

 

  • l’habilitation en anglais me permettait non seulement d’avoir un poste fléché “sécurisé” (époque révolue!) mais surtout d’avoir le plaisir de faire découvrir une nouvelle langue aux élèves… de manière ludique, puisque je pouvais aussi bien les faire travailler sur des chants, des recettes, que des jeux de rôles… J’ai adoré préparé mes séances d’anglais! Par ailleurs, l’enseignement d’une LVE m’a aussi permis de mieux appréhender l’enseignement du FLE lorsque j’ai commencé mon master de Sciences du langage. J’avais déjà beaucoup de matériel et des préparations bien utiles, des compétences transférables facilement! Rien ne se perd! 😉

 

  • mise en place de projets en musique: chorale, spectacles de fin d’année, collaboration avec des collègues du collège, créations avec les élèves. Etant donné ma passion pour le chant, j’en ai bien profité! Je pense humblement que c’est là que j’ai donné le meilleur de moi-même aux élèves… parce que j’étais tellement portée par ce que je faisais que les élèves se sentaient autorisés à s’exprimer plus librement et à eux aussi s’investir pour de vrai. Des moments très riches qui me manquent parfois aujourd’hui, parce que j’ai pu voir évoluer certains enfants grâce à cet enseignement, et qu’ils m’ont aussi beaucoup étonnée et apporté par leur spontanéité et leur créativité. J’ai cependant pu reprendre les cours de chant avec mes propres élèves via mon entreprise, et c’est toujours un plaisir de transmettre dans ce domaine! J’arrête ici pour ce point car je serais capable d’écrire des pages entières à ce sujet!

 

  • bien sûr, en dehors de cette autonomie dans le travail et du contenu à enseigner, j’ai apprécié la relation avec les élèves, enfin surtout au début… ce n’était pas le pilier de ma motivation, même si comme beaucoup de profs j’ai éprouvé une réelle fierté à les voir évoluer, progresser, grandir…

 

Est-ce que je suis encore prof?

Je ne me vois plus comme enseignante au sens strict.

Ce terme me parait désuet et trop rattaché au cadre de l’Education Nationale.

Je n’aime pas dire que je suis prof – je ne l’ai jamais aimé d’ailleurs!

Je me vois plutôt comme accompagnatrice.

Plus de copies, plus de consignes étriquées, de l’espace pour la création et surtout la co-création.

J’aime donner des outils aux gens, j’aime pouvoir faire un bout de chemin avec eux, leur proposer du sur-mesure, être à leurs côtés à ma façon.

Mais il n’y a plus de programme si ce n’est ceux que je construis moi-même et que je fais évoluer constamment, que ce soit pour les enseignants en reconversion ou les personnes en recherche de leur voix.

C’est bien plus large, bien plus riche!

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