Parler de reconversion c’est bien sûr s’interroger sur la manière de changer de travail.

Certaines personnes le quittent, d’autres parviennent à faire évoluer leur métier, la conception qu’elles en ont.

Rester dans son travail mais en changeant de cadre et en percevant les choses différemment, c’est aussi réussir!

Estelle Alcantara a eu la gentillesse de me livrer des éléments clés de son parcours: de professeur des écoles à professeur de lettres, avec l’écriture en fil rouge!

Ou comment une passion peut aussi aider à retrouver l’équilibre qui manque sur le plan professionnel.

 

  • Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis professeur de lettres modernes dans un collège de l’Essonne. J’y enseigne depuis 3 ans après deux ans pendant lesquels j’ai été TZR. Je suis aussi maman d’un petit garçon d’à peine cinq mois et travaille à mi-temps actuellement.

Depuis peu, je me suis lancée dans l’aventure de l’écriture en tant qu’écrivain auto-édité.

  • Raconte-nous ton parcours d’enseignante : pourquoi enseigner, combien de temps as-tu passé dans le premier degré ?

J’ai été professeur des écoles de 2007 à septembre 2013. J’ai passé mon CRPE en 2007 après un an de préparation à l’IUFM d’Etiolles. J’avais toujours poursuivi ce dessein et mes études se sont orientées naturellement vers le travail d’enseignant. J’ai pour autant hésité en 2006, lors de la licence, à poursuivre vers le CAPES ou le CRPE. Finalement, j’ai suivi la voie initialement désirée.

L’enseignement dans ce qu’il transmet comme valeurs, savoirs me paraissait un travail très enrichissant. La gestion d’une classe aussi m’intéressait. C’était un rêve de petite fille aussi, de celle qui rentrée au CP, a vu toute la magie de l’apprentissage se dessiner.

épanouissement professionnel

  • En particulier, quelles sont les raisons qui ont fait que tu as voulu partir dans le secondaire ?

Assez rapidement, la littérature m’a manqué. De plus, la polyvalence telle qu’elle est proposée actuellement me frustrait beaucoup et certaines matières dont les programmes ne sont pas toujours bien pensés me déplaisaient à enseigner. Quant à l’évolution du métier de professeur des écoles, elle ne me plaisait pas. Selon moi, si être professeur avec des enfants à l’école primaire est formidable car on y enseigne les bases, les multiples tâches à faire, réunions, animations déséquilibrent le cœur du métier. Pour autant, c’est aussi un peu comme ça au collège et lycée. La seule chose, c’est que l’on peut se concentrer sur la discipline que l’on maîtrise parfaitement.

  • Dans quel état d’esprit étais-tu à l’époque où tu as décidé de passer du premier au second degré ? Avais-tu des peurs et des doutes et si oui lesquels ?

J’ai pu douter car pour la première fois, j’obtenais un poste définitif en école quand la transition s’est officialisée et pourtant, j’ai mis les regrets de côté. Je me projetais davantage dans le second degré. J’ambitionnais aussi de passer l’agrégation interne de lettres donc l’horizon était clairement davantage dans le secondaire.

  • Comment s’est déroulée cette transition et comment l’as-tu vécue ?

J’ai fait une demande de détachement et ai passé le CAPES. J’ai finalement fait le choix du détachement (et pourtant j’étais admissible), plus souple pour un éventuel retour dans le primaire et qui ne me désignait pas vraiment ‘stagiaire’ l’année suivante. C’est aussi tombé une année où les PE étaient en surnombre, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui si bien que les détachements sont plus compliqués (mais le CAPES bien plus accessible). J’ai eu un tuteur la première année mais pas de cours en IUFM ou ESPE, ce dont je ne voulais pas. J’étais déjà bien au fait des programmes et des exigences du second degré car j’avais pu essayer le travail comme professeur de lettres une année où j’habitais Créteil (1er trimestre 2011). Cette expérience m’avait tout d’abord un peu refroidie avec l’enseignement au collège car les élèves n’étaient pas faciles mais rétroactivement, j’ai constaté que j’avais appris beaucoup sur moi et sur mes capacités à gérer des classes difficiles. Non que je n’en avais pas l’expérience dans le primaire mais la gestion en reste quelque peu différente. Finalement, je m’en étais relativement bien sortie malgré des aléas et donc, je me disais que j’y arriverais.

  • Dirais-tu que tu as changé de métier, que tu t’es reconvertie, que tu t’es réorientée ? Pourquoi ?

Je dirais que j’ai évolué dans mon travail. Pour moi, la base de travail est la même, le nombre d’heures travaillées se vaut également. Par contre, je me sens plus libre. Me manque parfois la relation qui peut exister entre une classe de primaire et son enseignant mais je suis plus épanouie intellectuellement avec la préparation de mes cours de français en collège.

Que t’apporte ta nouvelle vie professionnelle par rapport à l’ancienne ? De quelle façon vis-tu ton métier aujourd’hui ?

épanouissement professionnelMon métier m’apporte pas mal de satisfactions aujourd’hui en ce qu’il correspond à nombre de mes attentes de départ et me permet une gestion plus libre de mon emploi du temps. L’Education Nationale, en revanche, reste ce qu’elle est et j’essaie parfois de faire valoir des combats, souvent peine perdue. Les choix politiques (et économiques ) qui se font au détriment de la qualité de notre travail tendent à me désespérer parfois. J’essaie de me détacher de cela et de faire mon travail : transmettre (un terme qui est souvent bafoué mais qui me semble pourtant les fondements de mon travail). Je trouve mes collègues du secondaire très impliqués. Ils ont par ailleurs un regard très positif sur les enseignants du premier degré. Cela n’a pas toujours été le cas de mes collègues de primaire qui avaient un regard un peu désabusé sur les certifiés… pas tous bien sûr, mais j’ai pu entendre des propos qui ne correspondent ni à ce que je vis, ni à ce que je vois. Cela tend à diminuer avec le temps. D’un côté ou de l’autre, les regards sont plus bienveillants. Je pense que l’on devrait plus se serrer les coudes entre collègues de tous les degrés. On a établi des liens très positifs avec les PE du secteur de mon collège. Certes, les réunions ne sont que rarement efficaces mais parce que mal menées, trop protocolaires et évasives, pas assez orientées.

  • Parlons de l’écriture : depuis quand écris-tu ? Pourquoi et à quel moment as-tu décidé de te lancer dans la rédaction de ton premier roman ?

J’écris depuis presque toujours. J’écrivais des histoires quand j’étais enfant, des poèmes aussi. J’ai, il y a trois ans, décidé de rédiger les souvenirs que j’avais de ce que me racontait ma grand-mère, des anecdotes de sa vie devenues une mémoire, façonnée par mon imagination. Il fallait trouver un angle pour raconter car parler des gens que l’on connaît ne permet pas toujours d’entrer dans les détails, par peur de tricher. Pour autant, mon livre déforme bien souvent car c’est mon imagination qui raconte. Ce besoin d’écrire « pour de bon » est arrivé alors que j’étais dans une période de doutes. J’étais alors dans ma troisième année en tant que certifiée et j’étais vraiment désabusée suite à la réforme du collège, une réforme que je trouvais incohérente et j’aurais souhaité que davantage de collègues soient actifs à son encontre. Ils étaient souvent trop passifs bien que peu satisfaits… J’ai eu quelques ennuis de santé qui plus est, donc l’écriture a été une échappatoire. Je voulais vaincre l’inertie en créant quelque chose. Je voulais pouvoir diriger les choses et finalement, l’écriture me le permet totalement.

  • Quelle place a l’écriture dans ta vie, quels en sont les bénéfices sur le plan de l’équilibre personnel ? Et quel rôle cette passion a-t-elle joué dans ton processus de réorientation ?

L’écriture, comme je le mentionnais, me permet d’envisager mon travail plus sereinement d’autant que je suis cette année à mi-temps. Il se forme ainsi un équilibre. Le collège, les élèves sont une préoccupation (plus ou moins) secondaire. Je pense, c’est vrai, d’abord à ma famille, mais professionnellement, j’ai aussi d’autres objectifs. D’ailleurs, j’ai mis l’agrégation de côté car si, intellectuellement, c’est un véritable défi, cela ne m’ouvre pas d’autres portes. Ou peu.épanouissement professionnel

  • Aujourd’hui, avec le recul, quel regard portes-tu sur tes choix ?

Il y a des choses que je ferais sûrement différemment. Peut-être passerais-je le CAPES plutôt que le CRPE dès le départ, puis l’agrégation externe (très difficile à réintégrer et préparer ensuite…). En même temps, les quelques années dans le primaire m’ont tant appris et j’ai fait de très belles rencontres professionnelles. J’ai aussi eu des classes exceptionnelles. Pédagogiquement, cela m’a beaucoup enrichie.

 

  • Que dirais-tu à ceux qui aiment encore enseigner mais se sentent mal dans le système actuel et hésitent malgré tout à changer de voie d’une façon ou d’une autre ?

Je trouve tellement dommage que le système donne envie à nombre d’entre nous de partir… Malheureusement, je le comprends. Je pense néanmoins qu’être moins « bons petits soldats » (cela a aussi été une des raisons de mon départ du premier degré ; on acceptait tout sans rien dire ouvertement), que se concentrer sur le cœur du travail d’enseignant et de développer des passions peut beaucoup aider. Relativiser aussi, quand une journée est plus compliquée qu’une autre ; se dire que l’essentiel n’est pas là. La perfection est un puits sans fond.

 

  • Que dirais-tu à ceux qui ont une passion (écriture ou autre), qui n’arrivent pas à trouver le temps de la pratiquer, et ceux qui se sentent frustrés de ne pas pouvoir en vivre ?

Je ne pense pas que l’on pratique l’écriture pour pouvoir en vivre dans l’immédiat mais on peut l’avoir en objectif. Etre écrivain (et là encore, c’est différent d’écrire tout court), c’est chercher une forme de reconnaissance, c’est gratifiant. Quant au temps, si on peut, essayer de demander un temps partiel, s’octroyer des moments pour ça. Il faut, je le crois, organiser son temps de travail, se caler des horaires notamment pour la préparation des cours. Aujourd’hui je me dis « écrivain » non parce que je suis reconnue, loin de là mais parce que je souhaiterais l’être, que je fais les démarches pour l’être. Je vais aussi chercher à perfectionner mon écriture, accordant autant d’importance à la forme qu’au fond de mes récits. Tous ces objectifs participent à redonner confiance en soi. C’est sûrement l’essentiel.

 

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