Ca y est, vous avez pris votre décision et  vous savez que vous allez quitter votre poste d’enseignant.

Quand? Voilà la dernière question, à laquelle vous ne pouvez pas encore répondre.

Parce que vous ne savez pas si vous aurez droit à votre temps partiel.

Parce que vous ne savez pas si vous aurez droit à une disponibilité.

Parce que vous ne savez pas si vous aurez assez avancé dans votre projet pour faire de telles demandes.

Alors, en attendant, il faut tenir.

Continuer à aller chaque matin au travail, en sachant que ce n’est plus pour vous, ce n’est plus vous.

Ca demande un effort de décentrage assez important.

 

Je suis passée par là…

J’ai fait un burn out il y a quelques années. C’était douloureux mais salutaire. Je n’en pouvais plus.

Pendant mon arrêt, j’ai bien sûr angoissé par rapport à la reprise en me disant que je ne serais plus jamais capable de remettre les pieds en classe.

Et puis, avec la réflexion personnelle et la découverte de certains éléments de ma personnalité, j’ai retrouvé l’élan et j’ai pu commencer à penser à de nouveaux projets.

J’ai repris le chemin de l’école après 4 mois d’arrêt. Nouveau poste, nouvelle école. Et même: tout cela au pluriel, puisque j’avais obtenu un poste fractionné.

Et un temps partiel pour ma reprise d’études en sciences du langage. Tout le monde n’a pas cette chance, mais tout le monde n’a pas le même chemin et il y a bien d’autres façons de parvenir à ses fins. Et quand on peut bénéficier d’un temps partiel, ce n’est pas non plus tout cuit… la difficulté du chemin est toujours relative à soi, son vécu, sa façon d’appréhender les choses et de vivre les événements. Ce que je vais raconter là n’est donc rien que ma vision personnelle, livrée avec un recul de 6-7 ans… vous vous reconnaîtrez peut-être en partie, totalement, ou… pas du tout. Tout change, nous comme l’institution, et mon seul but en partageant un petit peu de mon parcours est de pouvoir donner des clés et un exemple supplémentaire de chemin de reconversion.

 

Enseigner encore mais ne plus être enseignant

Cette rentrée post-burn out a été particulière à plus d’un titre. J’appréhendais bien sûr le retour en classe, sauf que les conditions avaient bien changé. Je recommençais à zéro avec de nouvelles têtes aussi bien chez les élèves que chez les collègues. De plus, j’avais remis les compteurs en route pour moi et je savais comment éviter de replonger dans l’épuisement. Ma reprise d’études était ce qui me motivait le plus, j’avais hâte de commencer les cours et de pouvoir enfin découvrir autre chose que l’univers de l’école. J’avais déjà lu pas mal d’ouvrages pour anticiper la rentrée, pour me mettre dans le bain.

C’est ainsi, en faisant de l’espace dans ma vie pour une occupation intellectuelle plus stimulante, en renouant avec des intérêts que j’avais délaissés trop longtemps, que pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie dégagée de l’étiquette de prof.

D’ailleurs, j’étais redevenue étudiante! C’était un vrai symbole de recevoir ma carte d’étudiante, passé 30 ans… J’avais l’impression de revivre, qu’on me donnait le droit de reprendre ma vie là où je l’avais laissée en plan. Difficile d’expliquer ce sentiment de pouvoir à nouveau se remplir de bonnes nourritures, de se sentir galvanisée par tout ce savoir qui m’attendait pour être assimilé, bref j’avais quelque chose de large, d’inspirant, d’attractif, qui m’attendait.

tenir le coup reconversion

De fait, je n’étais plus coincée dans ce statut d’enseignante. Ce qui a changé ma façon de me percevoir, et même de me présenter aux autres. Je pouvais enfin raconter des choses intéressantes sur ce que je faisais, je sortais de la routine, j’avais mis des projets en route.

 

Le poids du décalage quand on ne se sent plus à sa place

Evidemment, en attendant de partir pour de bon, il a bien fallu travailler… pour l’EN.

J’avoue avoir ressenti beaucoup d’amertume durant les 3 années qui ont suivi ma reprise.

Le dégoût de l’institution et de ses aberrations,

l’intolérance croissante aux failles de l’organisation,

la blessure encore ouverte du trauma du burn out… sans compter les violences anodines que la majorité des collègues vivent encore hélas au quotidien.

J’étais abîmée par certains côtés, mais j’étais debout et j’avais envie d’aller de l’avant.

En ce sens, le burn out m’a aidée car je savais d’où je venais: hors de question de replonger dans cet enfer et de m’éteindre à nouveau.

Alors, j’ai continue à faire de la place pour autre chose dans ma vie, j’ai replacé le travail à sa place de travail, ni plus ni moins.

Ce fut parfois compliqué car je ne pouvais et ne voulais pas m’investir autant que certains collègues passionnés qui montaient des tas de projets.

Je n’avais plus l’envie ni la force – de toute façon, très peu d’occasions se présentaient étant donné que j’avais un poste de TRS.

Je ne sais pas si certains d’entre vous ont déjà ressenti cela : je me sentais parfois comme dédoublée.

Bien sûr, je comprenais les enjeux de l’enseignement, la bonne volonté des autres enseignants, la nécessité de planifier et organiser… et en même temps j’étais déjà bien loin de tout ça… A la fois dans le système et en dehors. A double titre puisque comme je viens de le rappeler, la particularité des postes fractionnés est de nous mettre bien souvent sur la touche tout en exigeant qu’on soit impliqué presque autant que tout le monde.

Bien sûr, avec mon tempérament réservé, je ne disais rien ou presque au sujet de ma reprise d’études. Je pense que j’ai bien fait. Peu de personnes à vrai dire comprennent et soutiennent. Quand j’ai évoqué cela, c’était avec des collègues avec qui je m’entendais vraiment bien et que je savais suffisamment ouvertes d’esprit pour ne pas s’offusquer, ressentir de la jalousie, de la méfiance – on aurait tôt fait de penser que je n’allais pas bien faire mon boulot si j’avais d’autres occupations prenantes en vue et que je n’attendais que de partir!

 

tenir le coup enseignant

Comment faire au quotidien en attendant que le temps passe?

Je pense que le temps a joué en ma faveur.

Il m’a fallu le temps de me défaire de ce métier, et heureusement que ça n’a pas été une coupure nette, sinon j’aurais je pense eu la tentation des regrets.

Le fait de petit à petit se désintéresser de ce travail, n’empêche pas de bien le faire.

Evidemment, on y met peu à peu moins de soi, moins de coeur… on fait le job et c’est tout.

De toute manière, quand on a un tempérament perfectionniste, on a tendance naturellement à en faire trop, donc on a de la marge lorsqu’il s’agit de réduire la voilure…

Pour moi, c’était hors de question de culpabiliser: j’avais trop souffert par excès de zèle pour me remettre à nouveau dans cette situation.

Donc, je fonctionnais de façon… fonctionnelle.

Ce qui ne m’empêchait pas d’avoir du plaisir à faire certaines séances en classe, dans les matières que je préférais.

Ce qui ne m’empêchait pas d’apprécier le contact avec certains élèves, à certains moments.

J’avais déjà un pied dehors et je crois que j’avais décidé de ne pas me gâcher la vie avec les journées en classe.

Les situations absurdes me faisaient rire intérieurement, d’autant que je me revoyais être moi aussi noyée dans un verre d’eau… ce métier nous phagocyte et on redevient vraiment des enfants incapables de se dépêtrer de situations pourtant pas si compliquées… mais bon, on aime couper les cheveux en quatre dans le système éducatif!

Je n’attendais rien de personne, et ça m’a aidée aussi. Je savais que j’étais plus forte qu’avant le burn out, j’étais déterminée à partir.

Ca va paraître curieux, mais j’avais l’avenir devant moi. Une porte était ouverte et je m’en rapprochais.

tenir le coup reconversion

J’ai levé le pied, j’ai fait mon boulot du mieux possible en étant le plus efficiente possible. Je reconnais que le fait d’avoir eu un poste fractionné m’a aidée de ce point de vue. Je me tairai sur les inconvénients, nombreux, qui eux ont au moins eu l’avantage de finir de me convaincre de partir…

Quand la journée était longue, interminable, je pensais à ce qui m’attendait une fois rentrée. Même fatiguée, une fois chez moi, je prenais le temps ne serait-ce que de lire le plan de cours du nouveau module que je devais étudier. Je n’avançais donc pas très vite, mais fixer mon mental sur autre chose que l’école était indispensable. J’avais fait autre chose que mon boulot de prof durant la journée, j’avais vécu une deuxième vie.

Je pense à tous ceux qui étudient en parallèle, qui ont monté leur entreprise, qui créent de leurs mains… vous pouvez consacrer ne serait-ce qu’un tout petit temps après les cours à votre nouvelle vie. Ca fait du bien. Juste parcourir le site d’une personne qui a réussi dans le domaine que vous convoitez, ranger du matériel de couture ou de création, écouter une émission évoquant votre nouvelle activité…

 

C’est se mettre dans “autre chose”. Et c’est déjà vivre sa nouvelle identité professionnelle.

C’est se projeter dans cet autre chose, dans cet autre univers.

Ne pas se laisser réduire ou étouffer par la casquette de prof.

S’autoriser à trouver le temps et l’espace pour ce qui demande à remplir notre nouvelle vie.

 

 

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